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Températures, eau et séchage : les erreurs invisibles qui abîment la peau

Pourquoi le séchage sans chaleur devrait devenir la norme en toilettage professionnel

Par Nathalie Doaré-Ariey-Jouglard


Le séchage est l’un des gestes les plus banalisés en toilettage. Présenté comme une simple étape technique, il est rarement interrogé dans ses effets physiologiques réels. Dans de nombreux salons, l’usage de la chaleur s’est imposé comme une évidence, associée à la rapidité, à l’efficacité et à une certaine idée du professionnalisme. Pourtant, cette habitude repose davantage sur des automatismes historiques que sur une compréhension approfondie de la peau, du poil et des mécanismes biologiques impliqués.


Aujourd’hui, les connaissances scientifiques sur la peau animale, combinées à l’observation clinique et terrain, obligent la profession à reconsidérer cette norme. Le séchage chaud, lorsqu’il est utilisé de manière répétée et systématique, n’est pas neutre. Il peut modifier l’équilibre cutané, fragiliser le poil et contribuer, parfois silencieusement, à l’apparition de troubles que l’on attribue ensuite à d’autres causes.


La peau est un organe vivant, dynamique, finement régulé. Elle dépend d’un équilibre précis entre hydratation, lipides de surface, microbiome et intégrité cellulaire. Une exposition répétée à une chaleur excessive accélère l’évaporation de l’eau de la couche cornée et perturbe la barrière lipidique. Cette altération rend la peau plus perméable, plus réactive et plus sensible aux agressions extérieures. Contrairement à une idée encore largement répandue, ces déséquilibres peuvent apparaître même chez un animal initialement sain, sans pathologie dermatologique préalable.


Il est donc essentiel de le dire clairement : un séchage trop chaud ne se contente pas d’aggraver des problèmes existants, il peut aussi en créer. Sur le long terme, on observe des peaux devenant progressivement réactives, des poils plus ternes, plus cassants, une perte de résistance mécanique et l’apparition de démangeaisons dites « sans cause apparente ». Ces signaux sont souvent attribués à l’âge, à la race, à l’alimentation ou à une prétendue fragilité naturelle de l’animal, alors qu’ils peuvent être liés à des pratiques répétées, invisibles mais cumulatives.


À cela s’ajoute un autre mythe profondément ancré dans la profession : celui du chien qui « attrape froid » s’il n’est pas séché à chaud. Un animal mouillé ne tombe pas malade par principe. Le risque n’apparaît que dans des conditions bien spécifiques : environnement de travail trop froid, courants d’air prolongés, animal malade, très âgé, immunodéprimé ou chiot très jeune. Ce n’est donc pas l’absence de chaleur qui pose problème, mais l’absence de stratégie globale de séchage et de gestion de l’environnement.


Le séchage sans chaleur est souvent mal compris. Il ne signifie ni laisser l’animal trempé, ni rallonger inutilement la séance, ni négliger le confort. Il s’agit au contraire d’une approche active, maîtrisée et réfléchie, fondée sur une élimination efficace de l’excès d’eau, une circulation d’air adaptée et une gestion intelligente du temps. Le séchage devient alors une compétence technique à part entière, et non une simple étape passive compensée par la température.


Contrairement à une idée reçue tenace, sécher à température ambiante n’est pas intrinsèquement plus long que sécher à chaud. La durée réelle d’un séchage dépend avant tout de la qualité du travail effectué en amont : gestion de l’eau au bain, rinçage précis, élimination mécanique de l’humidité, conditionnement du poil et organisation du geste. La chaleur accélère l’évaporation en surface, mais n’évacue pas nécessairement l’eau emprisonnée au cœur du pelage. Elle peut même créer une illusion de rapidité, nécessitant ensuite des retouches, des passages supplémentaires et des corrections qui annulent le gain de temps supposé. Un séchage ambiant bien mené est souvent équivalent en durée, parfois même plus efficace sur l’ensemble de la séance.


Le bain joue ici un rôle central. Un séchage respectueux commence toujours par un travail à l’eau maîtrisé. Une température adaptée, un rinçage complet et un poil correctement conditionné facilitent naturellement l’évacuation de l’humidité. Plus le bain est juste, moins le séchage est agressif, long et contraignant. Cette logique replace le toilettage dans une continuité technique cohérente, où chaque étape conditionne la suivante.


Refuser la chaleur systématique ne signifie pas l’interdire totalement. La chaleur peut avoir une place, mais uniquement de façon ponctuelle, brève et contrôlée, avec une intention claire. Certains cas particuliers peuvent la justifier, comme un animal malade ou très affaibli, ou un environnement de travail exceptionnellement froid et impossible à corriger. Dans ces situations, la chaleur devient un outil raisonné, presque thérapeutique, et non une routine automatique appliquée à tous les animaux sans distinction.


Il ne faut pas non plus négliger l’impact sensoriel du séchage. La chaleur s’ajoute souvent au bruit et à la pression de l’air, créant une surcharge sensorielle importante pour l’animal. Cette accumulation peut générer agitation, fatigue mentale, comportements d’évitement et perte de coopération. À l’inverse, un séchage plus doux, sans chaleur excessive, favorise le calme, la confiance et une meilleure qualité globale de la séance, tant pour l’animal que pour le professionnel.


Changer ses habitudes ne signifie pas bouleverser entièrement son salon ou investir dans du matériel toujours plus puissant. Cela implique surtout de repenser ses protocoles, d’affiner son observation, de développer son toucher et son timing, et de privilégier la compétence à la force. Cette évolution progressive permet d’améliorer la qualité du travail sans sacrifier ni le temps, ni la rentabilité, ni le confort du toiletteur.


Le toilettage moderne ne cherche plus à aller toujours plus vite. Il cherche à travailler plus intelligemment, plus respectueusement et plus durablement. Abandonner le séchage chaud systématique n’est pas un retour en arrière, mais une avancée logique vers une pratique plus scientifique, plus consciente et plus professionnelle. Le futur du toilettage n’est pas plus chaud. Il est plus précis, plus réfléchi et mieux informé.


 
 
 

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